Depuis plus d’un an, les entreprises de boulangerie-pâtisserie travaillent avec les ministères de la Santé et de l’Agriculture à réduire le sucre dans les pâtisseries et les viennoiseries. Alors que cet accord collectif volontaire est en cours de dépôt, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pourrait instaurer une taxe sur ces mêmes produits. Pour la Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie (FEB), l’État ne peut pas demander aux entreprises d’agir, puis les pénaliser lorsqu’elles le font.
Dans un communiqué de presse publié hier, la FEB exprime sa profonde indignation face à cette perspective de taxation. Elle rappelle que les entreprises de boulangerie-pâtisserie ont pris leurs responsabilités et attendent de l’État la même cohérence. Face à l’enjeu de santé publique que représente le sucre, la FEB rappelle qu’elle travaille, de sa propre initiative et depuis plus d’un an, avec les ministères de la Santé et de l’Agriculture à un accord collectif volontaire de réduction des teneurs en sucre dans les pâtisseries et les viennoiseries. Cet engagement mobilise des TPE-PME qui investissent, des équipes de recherche et développement qui reformulent les recettes et des équipes techniques qui testent et ajustent les produits. L’objectif est bien de réduire le sucre, sans le remplacer par des substituts ou des additifs. Qualifié de « très ambitieux » par les administrations, cet accord couvrirait la quasi-totalité du secteur « viennoiseries et desserts surgelés » défini par l’Oqali, l’Observatoire de l’alimentation piloté par l’Anses et INRAE. Il concerne 26 familles de produits regroupant les viennoiseries et pâtisseries élaborées par les entreprises adhérentes de la FEB. Construit dans le respect des principes de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), le projet repose sur des teneurs maximales en sucre. Celles-ci doivent permettre de réduire d’au moins 5 % la teneur moyenne en sucre de l’offre de produits d’ici 2031. La filière boulangerie-viennoiserie-pâtisserie indique avoir déjà obtenu des résultats grâce à une démarche volontaire. La teneur moyenne en sel des pains courants a ainsi diminué de 25 % entre 2015 et 2024, selon l’Oqali. Pour la FEB, cette expérience confirme qu’un travail collectif avec les pouvoirs publics permet des progrès concrets.
Une taxe qui fragiliserait les efforts engagés
La fédération s’interroge, dans son courrier, sur la réponse de l’État à ces efforts et investissements, alors qu’une taxe supplémentaire pourrait être instaurée. Une taxe ne remplace pas le travail sur les recettes, ne finance pas les essais et ne donne pas aux entreprises les moyens d’investir, souligne-t-elle. Réduire durablement le sucre exige de la recherche, des investissements et du temps pour développer de nouvelles recettes, préserver la qualité des produits et permettre aux consommateurs de s’habituer progressivement à des saveurs moins sucrées. Les entreprises représentées par la FEB, dont plus de 94 % sont des TPE-PME, ne disposent pas de moyens financiers illimités. Les taxer au moment où elles se mobilisent volontairement pour faire évoluer leurs produits risquerait, selon la fédération, de fragiliser les efforts engagés et de décourager celles qui prennent leurs responsabilités. Selon la typologie des produits élaborés et les informations encore partielles dont dispose la FEB, cette taxe pourrait représenter plus de 6 % du chiffre d’affaires de certaines TPE-PME, soit davantage que leur bénéfice moyen.
La FEB demande la reconnaissance des engagements pris
La fédération dénonce l’incohérence d’un État qui accompagne cet engagement avec ses administrations, puis envisage une taxe sans tenir compte des efforts réalisés. Pour elle, une telle décision serait vécue comme une trahison de la confiance construite avec les pouvoirs publics. « Conscient de nos responsabilités, nous avons volontairement sollicité l’Etat pour construire une démarche collective de réduction du sucre dans nos pâtisseries et viennoiseries. Nous travaillons d’arrache-pied depuis plus d’un an, l’accord est prêt, et la sanction tombe : vous serez taxés comme tout le monde. C’est un coup de poignard dans le dos ! », déclare Didier Boudy, président de la FEB. La FEB demande au gouvernement de renoncer à toute taxation qui frapperait indistinctement les produits de boulangerie-pâtisserie, sans tenir compte des engagements collectifs de réduction du sucre. Elle exige que l’accord élaboré avec les administrations soit pleinement reconnu dans les arbitrages budgétaires et que les entreprises engagées soient soutenues dans sa mise en œuvre. La fédération encourage l’État à poursuivre le travail sur la réduction du sucre, mais lui demande de ne pas pénaliser les entreprises qui soutiennent cette démarche et s’y engagent.

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