Adepte de la slow life, fier de ses convictions et toujours précurseur, Christophe Vasseur préfère créer les tendances plutôt que les suivre. Avec La Table et sa Pizza des Amis, il s’ancre davantage dans la vie du quartier, impose encore son tempo et nous invite à partager avec lui de nouveaux moments food. Rencontre.
Presque un an après l’ouverture de La Table, en octobre 2025, Christophe Vasseur commence à mesurer ce que ce nouvel espace apporte réellement à Du Pain et des Idées. Sa boulangerie est devenue depuis longtemps une destination parisienne à part entière, fréquentée à près de 70 % par une clientèle touristique venue parfois de très loin pour son Pain des Amis. Avec La Table, le mouvement s’inverse presque, tout en conservant cette attraction internationale, Vasseur s’ancre davantage dans la vie du quartier et donne aux habitués une nouvelle raison de rester. Le trait d’union est évident, le Pain des Amis devient Pizza des Amis, et le produit qui avait renouvelé notre manière de manger du pain devient le point de départ d’un restaurant. Électron libre de la boulange, Christophe Vasseur avait déjà mis un premier coup de pied dans la corbeille à pain avec son Pain des Amis. Face à la baguette érigée en monument du patrimoine français, il a remis sur la table un pain plus ancestral, généreux, que l’on rompt et que l’on partage. Un pain moins individuel, moins automatique, plus ORIGIN-AL dans son usage comme dans son goût. Bien avant La Table, il imposait déjà une autre manière de consommer le pain.
La Pizza des Amis, et surtout pas un burger de plus
Christophe Vasseur aurait pu ajouter un burger à la carte parce qu’il est devenu le passage obligé de nombreux restaurants. Ce n’est pas son genre. Il préfère imposer sa Pizza des Amis à 28 €, une grande pâte de 33 cm qui n’a pratiquement de sens que lorsqu’elle est partagée. La pâte fermente longuement avant de passer 10 minutes à 300 °C, afin de conserver ce fameux équilibre « crousti-fondant ». Elle devient ensuite une pizza mosaïque à consommer et propose plusieurs garnitures : jambon de Paris-burrata, ventrèche de porc basque Kintoa, bœuf fumé, gorgonzola-noix-figues, aubergine-feta-zaatar… Lesquelles évoluent avec les saisons, les rencontres et les envies. Si vous êtes seul, vous avez ainsi intérêt à avoir un bon appétit et vouloir discuter avec les autres membres de votre table ! La pizza arrive sur un socle en bois spécialement dessiné pour le lieu, posé sur une assiette en marbre. Pas d’assiette individuelle, pas de couteau : « Ici on prend les morceaux à la main et on partage ! » explique Christophe Vasseur. Pas de livraison non plus, car le produit ne supporterait pas le transport sans perdre sa texture. Chez Christophe Vasseur, le produit dicte donc l’usage, on vient s’asseoir, manger, discuter et on laisse la place à la convivialité. La Pizza des Amis porte vraiment son nom !
Une petite carte qui reste dans l’univers du boulanger
La carte ne cherche pas à accumuler les références. Autour de la pizza, quelques propositions prolongent l’univers de la maison : burrata avec Pain des Amis à 12,50 €, salade fraîcheur à 16 € pour l’été, et, le vendredi soir de novembre à janvier, un agneau entier cuit pendant 14 heures, émietté puis déposé sur le Pain des Amis imbibé de jus de viande, avec purée et salade, à 24 €. Même le dessert revient aux fondamentaux avec la Mouna, brioche emblématique de Du Pain et des Idées, qui devient une gourmandise servie façon pain perdu dans une crème anglaise maison à 12,50 €. Demain, pourquoi pas des pâtes fraîches ? La Table n’a rien de figé, elle sert justement à tester, apprendre et observer ce que les clients ont envie de découvrir.
Le vin nature comme prolongement du goût
Les vins occupent eux aussi une vraie place dans le projet. Christophe Vasseur travaille notamment avec son amie Nadia Verrua, vigneronne du Piémont, dont les vins naturels accompagnent déjà la carte et que l’on peut déguster les différentes variétés avant de choisir sa bouteille. Et l’histoire pourrait aller plus loin car les deux travaillent désormais à la création d’un vin signature, issu d’assemblages sélectionnés ensemble. Ici encore, il ne s’agit pas d’allonger artificiellement une carte, mais de construire progressivement un univers cohérent autour du produit, des rencontres et du goût.
Le coffee shop change l’équation économique
Depuis juin 2026, La Table s’est aussi ouverte à un autre moment de consommation avec son coffee shop, la consommation de viennoiseries et l’orientation petit-déjeuner du concept servi dès 9 heures. En quelques mois seulement, cette activité représente déjà environ 30 % du chiffre d’affaires. Derrière cette diversification se cache une équation économique plutôt bien pensée. Deux personnes seulement font vivre l’espace, avec une vraie polyvalence entre accueil, service et café, et ont suivi une formation de barista pour accompagner cette montée en puissance. Cette organisation permet de contenir les coûts fixes de personnel autour de 15 %, un niveau qui rend le modèle possible malgré une offre exigeante et un lieu ouvert sur plusieurs temps de la journée. Avec 100 m², dont 60 consacrés au restaurant, 40 places à l’intérieur et 30 en terrasse, La Table devient ainsi bien plus qu’une simple annexe de la boulangerie.
Le couteau suisse de Du Pain et des Idées
Christophe Vasseur la définit lui-même comme « le couteau suisse de la boulangerie ». Un lieu où il peut cuisiner davantage, tester, recevoir, travailler le café, imaginer un vin, faire évoluer la carte et surtout prolonger la relation avec ceux qui poussent la porte. Car derrière les ratios économiques, c’est encore là qu’il place la réussite du projet : « Ma meilleure reconnaissance, ce sont les clients qui partagent des moments de vie et s’enthousiasment de découvrir de nouvelles saveurs et textures. » Cette phrase résume assez bien le personnage. Christophe Vasseur n’a jamais cédé aux sirènes qui lui proposaient de multiplier Du Pain et des Idées. Le trublion de la boulange préfère le bon goût de la rareté, quitte à renoncer à une croissance plus facile plutôt que de voir un jour les impératifs de rentabilité prendre le pas sur le produit. Presque un an après, La Table apparaît donc moins comme une diversification que comme une extension naturelle de ses convictions. Cela revient à aller au bout de la démarche, en capitalisant sur un produit fort et ses valeurs, lui inventer de nouveaux usages et continuer à surprendre sans jamais courir derrière la mode. Finalement, en associant le Pain des Amis à la Pizza des Amis, Christophe Vasseur n’a finalement changé ni de produit, ni de philosophie, il a tout simplement mis le pain sur la table !

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